Louis Laprise

À la fois contemporain et résolument ornemental, l'art de Louis Laprise témoigne d'une mæstria confirmée dans la réalisation d'œuvres où l'aléatoire règne en maître.
Coloriste époustouflant, son univers est constitué de formes organo-fictives qui flottent dans des mers de liquides colorés translucides, et dont la gestuelle mouvementée repose entièrement sur les veinures du bois. C’est à travers cette sorte d’abstraction lyrique éclatée, d’où surgit parfois une illusion de figuration exacerbée, ou sciemment mise à l’écart, que le spectateur peut projeter son propre imaginaire, se voyant lui-même reflété en superposition sur ces grandes surfaces-miroirs polies.

Fausse représentation! Ici le choix des icônes: joli dauphin, taureau, crocodile, perroquet, branche de cerisier en fleurs, panthère et ibis, témoignent de la volatilité de la beauté, là où autrefois ils incarnaient le sacré et tenaient lieu d’incontournables jalons artistique. Culte de Minos, dieux égyptiens, traditions orientales, animaux sacrés évoqués avec crainte et respect, sont aujourd’hui devenus chromo et perçus comme décoratifs.
Ces fantômes du passé sont plutôt utilisés chez l’artiste comme des sortes d’enluminures-motifs exagérant l’ambiguïté du sujet, son caractère indéfinissable.

La récurrence des motifs du bois dans les différentes compositions accentue les multiples références à la nature, au vivant, tout en soulignant cette incroyable polyvalence, et mettent en relief toujours cette incertitude d’un réel malléable à l’infini.
Le support est ici à la fois sujet et référence. Accident et défaut de la surface intriguent; imitation d’un naturel, lequel imite une bio- fiction. De cette surface émergent motifs et textures provenant d’un improbable mélange de techniques issues de multiples disciplines. L’identification incertaine du résultat interroge les différentes pratiques artistiques mettant en relief l’actuelle hiérarchie.

En observant ces grands tableaux uniquement du point de vue esthétique et technique, on peut, sans égard à toutes les références qui sont en réalité des moteurs créatifs, les apprécier pour ce qu’ils donnent à voir. Faire se côtoyer le noble et le vulgaire, le grossier et le fin, créer de l’étrangeté, une autreté qui aura le pouvoir, en un coup d’œil, de transporter ailleurs le spectateur. Les œuvres de Louis Laprise savent d’ailleurs toucher et frapper l’imaginaire d’un très large public composé également d’enfants.